Roffignac

 

Je précise pour les spécialistes qu'il s'agit ici de la branche des Roffignac de Belleville, elle même issue de la branche des Roffignac de Sannat. Dans la période qui nous intéresse, la famille des Roffignac est représentée par Jean et son fils René Annibal.

Je ne résiste pas au plaisir de commencer par Annibal, un personnage hors du commun dans une période de plus en plus trouble. Un livre s'imposerait, un résumé suffira pour découvrir un héros de roman. On se croirait dans la fiction, on reste dans la réalité.
Tant pis pour la chronologie. 

René Annibal de Roffignac

Né le 24 décembre 1740 au château de Belleville à Feuillade, décédé en 1807 à Madrid, René Annibal est Comte de Roffignac, chevalier, Seigneur de Belleville, la Chapelle saint Robert, Souffragnac, Siecq, Cougoussac et autres places, lieutenant de nos maréchaux de France pour la province du Périgord. Il est le fils de Jean de Roffignac, Seigneur de Belleville, les Brousse et la Francherie (prés Northon), lieutenant des Maréchaux de France, et de Antoinette d'Aydie …

Dur, dur les débuts...

Il a onze ans quand son père meurt en 1751 laissant sa femme, la comtesse de Roffignac, seule face à celui qui va les entrainer dans une sale aventure, c'est le moins que l'on puisse dire.

Jean René, Marquis de Montalembert à la carrière militaire déjà brillante, entendait mettre à profit à la fois ses relations dans la marine et la connaissance de sa région natale, l'Angoumois, pour développer une industrie lourde : les canons. (voir le détail de cette industrie à la page Montalembert).

En ces temps là, la marine royale désirant armer sa flotte, avait passé commande de quantités de canons à diverses fonderies de la région. Montalembert, en homme d'affaire avisé, avait négocié des contrats de fermage avec leurs propriétaires jusqu'à se retrouver unique fournisseur. Dans ce cadre, il avait signé avec Jean, le 3 décembre 1750, la convention suivante : la commande de 400 pièces de canons contre la location de la Chapelle Saint Robert moyennant 120 000 livres à verser à raison de 30 000 livres par année, de 1751 à 1754. S'il s'acquitta du contrat la première année,  à la mort de Jean, il cessa les paiements. Malgré les relances de la veuve, il devait plus de 100 000 livres en 1755. La comtesse le menaçant d'une action en justice, il se propose de lui remettre les fontes stockées sur les forges. Elle ne les recevra que six ans plus tard rouillées et dépréciées.

        Acquis des fontes  (1760à 1762)

                                                   

 

 

 

 

 

Le compte n'y est pas, même si Montalembert affirme : qu'il s'était engagé à payer au feu Comte de Roffignac, son parent et amis, une somme de 120 000 livres.... qu'étant mort dans l'année, il avait reçu en paiements et sa veuve pour son fils, différentes sommes et matières de fer sans que depuis 15 ans il n'y ait eu aucun compte arresté... scachant que les sommes reçues devaient excéder la somme due...

Dans sa supplique au parlement, il dévie habilement l'affaire en la portant sur le terrain de l'offense. D'après les copies de documents en ma possession, l'argument est plus que léger et ne peut avoir pris que par la position et les relations du Marquis. Voyez plutôt.

Début 1765, René Annibal a 25 ans. Depuis tout jeune, il subit le désarroi de sa mère face aux difficultés et à la mauvaise foi de Montalembert. Financièrement la situation est critique, les terres ont été hypothéquées et aucune solution. Il se rend plusieurs fois chez le Marquis sans résultat. N'y tenant plus, mais fort de caractère, il lui propose la seule alternative possible : (me) payer sur le champ 30 000 livres ou se couper la gorge avec (moi).

Que n'a t'il pas dit !

Montalembert saisissant l'injure et y ajoutant une inconduite (sic) devant un garde au Palais Royal à Paris envoya le jeune homme en prison avec le prétexte infaillible du règlement du 22 août 1653 article 15 : si il paraît qu'une injure ait été faite de dessein prémédité …. l'offensé peut poursuivre l'agresseur et ses complices par devant les juges ordinaires, comme s'il avait été assassiné....

Nonobstant, foin de dette, il s'assure le silence d'un créancier gênant, fils de son ami et parent.

René Annibal, Comte de Roffignac, est donc condamné le premier mai 1765 à six années de prison à Pierre sur Cize. Selon les parties, on a deux versions opposées que je vous livre dans les deux encadrés ci dessous. Grâce à une aide de la noblesse locale, il obtiendra un rapprochement dans sa région ainsi que des facilités pour conduire procés et affaires.

Deux points de vue de l'affaire.

  

Version Montalembert

Depuis cette époque, Mr de Roffignac, bien loin de reconnaître ses torts vis à vis du suppliant, lui impute son malheur....Qu'inexcusable est été sa conduite, il trouve des protecteurs qui ne sont arrêtés ni par la nature de son action, ni par les grades, les charges, ni l'âge du suppliant...                 Signé Montalembert

                                                                                       

Version amis de Roffignac

Lettre du Marquis Tisau d'Argence à son cousin le Marquis de Mayac :

Il est vrai que Mr de Montalembert c'est déshonoré à jamais, mais le jeune homme n'en est pas moins en prison ; qu'on soit poltron, à la bonne heure, mais délateur ! Si un gentilhomme en Périgord, avait fait une action comme le Sieur de Montalembert, Mr le Marquis de Brassac pense ainsi que moi, que le corps de la Noblesse aurait fait murer les portes de sa maison. O quels mœurs, quel siècle ! Cher cousin, si Montalembert reste dans la Maison du Roi, il faut abandonner l'amour de sa nation et gémir d'avoir trop vécu...

à Dirac, ce 25 mai 1765

                                                                                                                                                                                                                   

    

Je laisse chacun juge, mais au delà de l'affaire, la dernière phrase est terrible pour la noblesse. Terrible et prémonitoire, l'un restera fidèle au roi et prêt à donner sa vie, l'autre, alors qu'il étale ses titres, servira plus tard par intérêt économique bien compris les révolutionnaires, précurseur en quelque sorte de la politic reality si en vogue aujourd'hui.

Finalement, magnanime, il se joindra aux protestations de la noblesse  locale pour que le prisonnier soit rapproché à Angoulème  et remis en liberté.

... Dans ces circonstances, et le suppliant ayant à coeur de faire connaître d'une façon évidente qu'il n'est point et ne veut point être l'auteur de la détention de Messire Rouffignac, joindra ses sollicitations à celles de ses protecteurs pour supplier le tribunal de lui accorder son entière liberté ...

La vie de René Annibal est donc adoucie, d'autant que le 2 février 1768  il épouse Marie Madelaine Vantongeren, de la célèbre famille des papetiers, qui outre quelques titres et moulins lui donne trois fils tous nés à Angoulème :

    - Alexandre Martial, sert dans l'armée de Condé, puis dans la légion de Mirabeau. Armé par de Broglie d'un passeport pour l'Espagne (1793) il rejoint Madrid avec ses deux frères.
    - Louis philippe Joseph, né le 13 septembre 1773 est baptisé par de Broglie, évèque d'Angoulème, avec pour parrain Louis Philippe d'Orléans. Capitaine des dragons du Mexique il devient maire de la Nouvelle Orléans. Je conserve quelques uns de ses écrits sur la Louisiane ainsi que quelques traces de sa descendance.
    - Charles Philippe a pour parrain Charles Philippe d'Artois, frère du roi.

 Le 12 août 1977 il passe un traité avec le sieur Deversanne pour l'exploitation pendant 9 ans de la forge de la Chapelle Saint Robert : en fabrication d'artillerie de toute espèce et d'en fournir chaque année jusqu'à concurrence au moins de 16 mille quintaux, à peine de 24 mille livres de dédommagement, de fournir jusqu'au 1er janvier prochain 15 cent quintaux bombes et boulets, agréés par la marine ; que la forge serait laissé au même état qu'elle serait prise, et que le le dit Seigneur (Roffignac) ne serait tenu qu'aux réparations occasionnées par la vétusté.

Bis repetita.... ce contrat posa problème. Deversanne ne put tenir les quantités et tout ceci se termina au tribunal en 1781.

Un dévouement militaire au service du roi et de l'église.

Ne voyant pas sa vie en affairiste et sans doute déçu de tous ces désagréments, René Annibal de Roffignac se consacrera dorénavant au service de la royauté plus conforme à la noble lignée des Roffignac.

Colonel au régiment de Chartres, il est envoyé au siège de Gibraltar (1780 et 1782) sous les ordres du Duc de Grillon. Son service est si brillant que Charles 3 (d'Espagne) écrit à Louis 16 pour le garder à son service. La chose est faite en 1783. Il est nommé colonel des dragons de la Reine. Il fait des reconnaissances en Afrique du Nord, Fès, Alger et Tripoli.

La révolution qui remet en cause et le roi et la religion n'est pas du tout à son goût.

En 92, il obtient la naturalisation en Espagne et il est nommé Brigadier des armées, chevalier de l'ordre de Montessus et maréchal de camp à l'armée de Navarre commandée par le Général Ventura Caro. Il demande un congés -refusé- pour rejoindre l'armée de Condé. Le duc de Broglie lui exprime ses regrets, mais a la satisfaction de voir ses fils rejoindre l'armée des Princes.

Apprenant le procès de louis 16, il écrit à la Convention.

 

Au Président de la Convention Nationale

J'ai appris la mise en jugement du Roi de France. J'ignore les suites d'une procédure aussi extraordinaire en France et j'offre à la Convention Nationale, au cas ou Louis 16 soit condamné à mourir, de vouloir la mort à sa place. Par ce moyen, la France évitera le reproche que l'on fait encore à l'Angleterre d'avoir, par un esprit de party, sacrifié Charles premier, et j'aurai rempli un devoir que beaucoup d'autres envient.

Comte de Roffignac, Madrid, 25 décembre 1792.

 

C'est ça la vraie noblesse, mais ils furent tout de même peu nombreux à proposer leur tête.
La lettre restée sans réponse sera vendue un siècle plus tard à l'hotel Drouot à un Londonien.

Avec l'armée de Navarre il se bat contre les révolutionnaires Français. Il fait prisonnier le général Français la Genelière, mais le 23 juillet 1793 il est lui même capturé au passage de la Bidassoa qui fait frontière avec la France.

Devant la pointure du prisonnier, il est envoyé à Paris. Séparé des prisonniers de guerre, il est traité comme immigré avec des conditions assez rudes. Le Général Caro préviendra les Français :

 

Le Comte de Roffignac m'instruit qu'il n'est pas traité en France avec la même considération que les autres prisonniers espagnols. …...je vous préviens que si sa vie est en danger, celle du Général La Genelière et celle de plus de quatre mille prisonniers Français répondront du traitement que vous lui ferez éprouver...

                           Dieux vous garde beaucoup d'années.


On remit René Annibal en liberté, c'était plus sage. Il reprendra son service dans l'armée Espagnole et participera à la guerre contre le Portugal (1801) en tant que commandant en second de l'armée de Galice.

Pendant ce temps, son fils Joseph, était envoyé en Louisiane avec l'armée du Mexique, il deviendra maire de la Nouvelle Orléans.

René Annibal est donc le fils de Jean de Roffignac (23 novembre 1712 - 1751), chevallier, Seigneur de belleville et les Brousses (oradour sur Vayres), La Francherie, Lieutenand des Maréchaux de France en Périgord. On dit simplement Comte de Roffignac. Il épouse le 25 mars 1735 Louise de Vaux de Verrières (Saint Sulpice de Mareuil) et a deux enfants, René Annibal et Gabrielle qui prendra pour mari Pierre François de Javerlhac.
Le 13 novembre 1750 il achète les terres de la Chapelle Saint Robert, avec métairie, forge et moulin, avec tous les droits honorifiques des églises de la Chapelle et Souffragnac, à Pierre de Lambertye Seigneur de Marval.

Pour remonter (ou redescendre l'histoire)
Ces personnages, Jean et René Annibal, descendent de Christophe de Roffignac de Sannat, puis de Martial (marié à Marthe de Céris le 29 janvier 1589), et de Gaspard. Ce dernier, marié moulte fois, entre autre avec Jeanne Seguin du château de Belleville (dame de La brousse) et Favienne Morin, dame de Belleville, fille de Marguerite Hélie de Collonges (voir Hélie de Collonges). La branche de Belleville est formée et donne naissance à Jean baptiste de Roffignac. En 1665 il acquié par échange la maison noble du Mas, avec notamment forge et moulin. Il se marie en 1679 avec Antoinette Renée d'Aydie (décédée en 1735). Ils ont un fils, René de Roffignac (1680 ? - 1745). Celui ci se marie avec Anne de la Pisse en 1709 et eu deux enfants, Gabrielle et Jean de Rouffignac.

                                                                                                                                                                               à suivre ...